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Martin Luther et la Réforme ont changé les coutumes de Noël Le sapin de Noël n'est pas une invention de Luther, mais bien le chant de Noel « Vom Himmel hoch »

« Les plaisirs d’hiver de Luther avec sa famille. » Gravure, 1847, de Gustave Koenig. (Photo: © epd-bild / akg-images)

Dehors il fait froid, c’est enneigé et il fait sombre, mais dans le salon il y a un sapin de Noël illuminé, peut-être avec une Étoile morave. Des bougies sont allumées, la famille se rassemble, il y a des gourmandises, du café et du thé. On chante ou du moins on joue des chorales de Noël. Ensuite on déballe enfin les cadeaux si attirant sous le sapin. C'est ainsi ou presque que se déroule le réveillon de Noël dans de nombreux foyers. Cela n’a pas toujours été le cas. Nous jetons un regard sur les coutumes de Noël et comment elles ont changé avec le temps.

Depuis la fin du XVIème siècle, le sapin de Noël est illuminé.

En Allemagne, on ne connaît le sapin de Noël dans sa forme actuelle probablement que depuis la fin du XVIème siècle.  Un officier suédois, blessé près de Lützen et ensuite soigné, aurait remercié en célébrant une fête de Noël. Pour cela, il aurait dressé un arbre, décoré avec des luminaires – comme il était de coutume dans son pays d’origine. Certains prétendent que Martin Luther aurait popularisé le sapin de Noël. Il y a des œuvres d'art qui montrent Luther en famille pour Noël. Un conifère orné de bougies peut être clairement discerné. Mais les œuvres datent d’une époque postérieure et ne montrent pas une image historique. Pour leur représentation du réveillon de Noël, les artistes auraient été guidés par l’idéal de leur époque.  

Mais la décoration domestique pour Noël du temps de Luther ne pouvait pas se passer de décor semper virens. Déjà en 1419, la confrérie des boulangers de Fribourg en Brisgau aurait décoré un arbre avec des pains d’épice, des pommes, du papier et des noix colorées. Il est prouvé qu’en 1521, le garde forestier de Sélestat en Alsace aurait été payé pour garder les « meyen ». « Meyen » est un terme utilisé pour l’arbre festif décoré typique de la période de Noël. Mais justement pas avec des luminaires, tel que nous le connaissons, mais souvent seulement avec des fruits rouges. On le dressait en signe de respect pour la nature qui se renouvelle constamment. Luther n'a donc rien à voir avec le sapin de Noël. Mais qu’en est-il des cadeaux?

Les cadeaux sont une composante importante de Noël. (Photo: pixabay)

L’Enfant Jésus apporte les cadeaux de Noël

Aujourd’hui c'est une évidence qu’on distribue des cadeaux pour les fêtes de fin d’année. Par contre, la distribution des cadeaux n’a pas toujours eu lieu à Noël. Selon l’opinion générale, Martin Luther aurait fortement contribué à ce changement. Ce n'est que depuis 813 que Noël est un jour férié dans les pays germanophones, suite à une déclaration du Synode de Mayence. Longtemps, il a été fêté seulement dans les églises et non dans les foyers. Au XVIème siècle, il était coutume que les enfants reçoivent des cadeaux le 6 décembre. Dans la plupart des cas il s'agissait de petites friandises, de pommes ou de noix. Celui qui apportait les cadeaux le jour de la Saint Nicolas était Saint Nicolas. Le personnage remonterait au saint évêque Nicolas de Myre. Il aurait été un homme d’église particulièrement humain et un bienfaiteur des pauvres. 

Martin Luther a fondamentalement rejeté le culte des saints. Il n'en va pas différemment pour Saint Nicolas. La légende serait une « chose puérile », comme le déclare Luther lors d’un sermon pour la fête de la Saint Nicolas en1527. En principe, Luther voyait la remise de cadeaux comme un moyen d’éduquer les enfants. « Comme on apprend aux enfants que s’ils jeûnent et prient et étalent leurs vêtements la nuit, l’Enfant Jésus ou Saint Nicolas doit leur faire des cadeaux. Mais s’ils ne prient pas, ne leur fait pas de cadeaux ou donne-leurs une férule ou un crottin. » Ainsi, encore en 1535 on achetait encore chez les Luther des cadeaux aux enfants pour la Saint Nicolas. En plus, on offrait à l’époque également des cadeaux aux servantes, aux valets et aux domestiques.  Mais cela ne venait pas toujours du fond du cœur. Dans de nombreux endroits, on offrait à Noël tout simplement des choses pratiques, qui étaient inscrites comme un droit dans le code des domestiques.

 Mais puisque Luther voyait le culte de Saint Nicolas comme une chose infantile, voire un mensonge, il aurait préféré l’interdire, comme l’ont fait plus tard certains de ses disciples. Luther par contre introduisit un autre personnage dans la distribution des cadeaux. Selon un de ses discours de table transmis, il aurait demandé à sa fille Magdalena: « Petite Lena, qu’est-ce que le Christ Saint va t’offrir? » Selon l’opinion de certains chercheurs, le Christ Saint ne correspond pas à l’Enfant Jésus nouveau-né, mais à des personnages semblables à des anges que l’on connaît de crèches ou de parades de Noël. Ceux-ci correspondent à la représentation actuelle que l’on fait de l’Enfant Jésus. L'assertion que Luther aurait inventé l’Enfant Jésus fait par contre débat parmi les scientifiques. Il n'est par contre pas controversé qu'avec l’importance grandissante de l’Enfant Jésus la plupart des cadeaux ont été offerts à Noël et non pour la Saint Nicolas. Il est intéressant de noter que l’Enfant Jésus est aussi devenu dans les régions catholiques celui qui apporte les cadeaux. Dans les régions d’Allemagne du Nord et des parties d’Allemagne de l'Est cela a par contre été largement refoulé. Depuis le milieu du XIXème siècle, c'est le père Noël qui y apporte des cadeaux. 

« Luther avec sa famille. » 1866, tableau de Gustave Adolphe Spangenberg (1828-1891) (Photo: © epd-bild / akg-images)

Des chants en allemand pour un meilleur service religieux

La troisième composante importante des coutumes de Noël sont incontestablement les chants de Noël. Dans ce domaine, Luther a aussi laissé des traces. Lorsqu’il allait à l’école, il était déjà choriste et a pratiqué divers instruments. Lorsqu’il était étudiant, Luther a appris le luth. Luther avait donc bien une éducation musicale. Il en tira bénéfice, car avec la Réforme, les paroissiens faisaient désormais partie du service religieux. Il fallait bien évidemment être capable de chanter de manière compréhensible. Luther avait déjà introduit la langue allemande dans le service religieux. Mais il y avait un certain manque de chants en allemand.

À partir de 1523, Luther s'est plus consacré à la création de nouveaux chants pour les assemblées de paroissiens. Pour cela, il a surtout pourvu de vieux chants avec de nouveaux textes. En 1524, le premier chant de Noël de Luther est paru: « Loué sois-tu, Jésus-Christ », basé sur la séquence en latin, « Grates nunc omnes », de la messe de minuit. Son choral de Noël le plus célèbre est « Du haut du ciel je descends » (« Vom Himmel hoch da komm’ ich her ») de 1535. Au départ les vers ont été composés sur la base d’une mélodie de ménestrel, par la suite Luther a composé une mélodie de chorale. Celle-ci a été imprimée pour la première fois en 1539. Il l’a écrite expressément pour la fête de Noël familiale comme « comptine pour Noël. » Des chants qui peuvent être attribués avec certitude à Martin Luther. Vous les trouvez jusqu’à ce jour dans des recueils de chants évangéliques et marquent le début de la culture musicale spirituelle qui a été portée à son apogée par Jean Sébastien Bach.

 

 

Informations

Auteur:Malte Zander Source:luther2017.de/epd Date:15-12-16
mots-clé:
Martin Luther, la Réforme, Noël,